Noé, un avertisseur clair

(Ramadan 2013 - première semaine)

 

Dans le Coran nous lisons : « Le Coran a été révélé durant le mois de Ramadan. C’est une direction pour les hommes, une manifestation claire de la Direction et de la Loi » (Sourate 2,185). Voilà pourquoi, pendant ce mois de Ramadan, je veux me pencher sur le Coran. Et cette année, dans le Coran, je pense m’arrêter sur le personnage de Noé, Nuh en arabe.

Noé est un personnage qui revient fréquemment dans le Coran1. Et, pendant cette semaine, je veux lire un petit passage de la sourate 11. Cette sourate, la cinquante-deuxième dans l’ordre chronologique, est de la période mecquoise. On l’appelle aussi sourate Houd, du nom de l’envoyé mentionné au cœur de cette sourate. Houd est envoyé aux peuplades de ‘Ad, dans l’Arabie méridionale. Avec Sâlih et Chou‘ayb, eux aussi nommés dans cette sourate, Houd fait partie des prophètes (non mentionnés dans la Bible) qui appartiennent au patrimoine religieux de l’Arabie2.

Au centre de cette sourate (vv. 25-99), il y a un développement principal sur les messagers de Dieu : vingt-cinq versets sur Noé (vv. 25-49), une dizaine sur Houd (vv. 50-60) et une dizaine sur Chou‘ayb (vv. 84-95).

Le récit sur Noé est présenté comme un discours direct de Dieu. Voici les premiers versets :

 

25 Nous avons envoyé Noé vers son peuple. (Il dit) :

« Je suis pour vous un avertisseur explicite 26 pour que vous n’adoriez que Dieu.

Je crains pour vous le châtiment d’un jour douloureux ».

27 Les chefs de son peuple, qui n’étaient pas croyants, dirent :

« Nous ne voyons en toi qu’un mortel semblable à nous.

Nous ne te voyons suivi que par les plus méprisables d’entre nous.

Nous ne voyons en vous aucune supériorité sur nous.

Nous pensons que vous êtes des menteurs ».

 

Ces versets nous mettent devant les yeux une communauté, un peuple. A ce peuple, littéralement à son peuple, Noé appartient. Mais il se comporte d’une façon bien différente par rapport aux siens. En effet, il est, pour eux, un homme envoyé par Dieu, un homme qualifié comme avertisseur clair, explicite, un avertisseur qui invite les siens à n’adorer que Dieu.

Bien différent est le jugement que son peuple donne de lui. Ses gens le considèrent tout simplement un mortel, comme eux, un mortel suivi de personnes méprisables. Noé et ceux qui le suivent sont considérés comme « des menteurs ». Voilà le tableau qui apparaît dans le Coran.

Quant à la Bible, la Genèse nous donne un tableau pas trop différent.

 

9 Noé était un homme juste, intègre parmi ses générations : avec Dieu il marchait.

10 Et engendra, Noé, trois fils, Sem, Cham et Japhet.

11 Et était pervertie, la terre, devant Dieu, et était remplie, la terre, de violence.

12 Et vit, Dieu, la terre. Et voici :

elle était pervertie, car toute chair avait perverti son chemin sur la terre (Genèse 6).

 

Même ici, le contraste entre Noé et ses contemporains, littéralement ses générations, est très souligné : un homme juste, intègre, Noé. Quant aux autres, toute chair, donc toute personne dans sa faiblesse et dans son appartenance à un peuple3, avait perverti son chemin, elle s’était éloignée du chemin voulu par Dieu.

Si la Genèse souligne surtout le contraste entre Noé et ses contemporains, la tradition postérieure parle aussi de Noé comme une personne qui s’engage pour les siens et fait de lui un annonciateur de la justice. C’est ce qu’affirme un texte très peu lu, la deuxième lettre de Pierre. Ici l’auteur écrit : Dieu « préserva Noé, celui qui proclamait la justice » (2,5). Et cette idée se retrouve aussi dans la tradition juive4. C’est ainsi que Flavius Josèphe, dans ses Antiquités juives5 écrit : « Noé, indigné de leur conduite et voyant avec chagrin leurs entreprises, tenta de les amener à de meilleures pensées et à de meilleures actions ».

C’est le moment de terminer. Personnellement, grâce à ces textes, pendant cette semaine je veux réfléchir sur deux aspects liés l’un à l’autre : l’engagement pour la justice et la nécessité de partager, avec les autres, ce même comportement.

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1 Pour les attestations de ce nom propre dans le Coran, cf. A. Godin – R. Foehrlé, Coran thématique. Classification thématique des versets du Saint Coran, Al Qalam, Paris, 2004, pp. 283-285.

2 Il Corano, a cura di A. Ventura, Mondadori, Milano, 2010, p. 557.

3 Le terme hébreu traduit par « chair » évoque faiblesse et, en même temps, appartenance à un groupe.

4 Cf. la voix « Nûh » dans Encyclopédie de l’Islam, tome VIII, Leiden, Brill, 1995, p. 112.

5 Livre I, chapitre 3,74.

 

 

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