Noé, porteur de paix et de bénédictions

 

(Ramadan 2013 : quatrième semaine

 

Nous sommes désormais, chère amie, cher ami, à la dernière semaine du ramadan pour cette année 2013 ou 1434 d’après le calendrier islamique1. Et, pendant cette semaine, je veux revenir sur le récit de Noé dans la sourate onzième. La deuxième partie de ce récit évoque la construction de l’arche, le déluge et, enfin, la fin du déluge. Voici quelques versets de cette narration :

37 (Dieu dit :) « Construis le vaisseau sous nos yeux et d’après notre révélation.

Et ne me parle plus au sujet des injustes, ils vont être engloutis ».

38 Chaque fois que les chefs de son peuple passaient près de Noé,

lorsqu’il construisait le vaisseau, ils se moquaient de lui.

(Noé) dit: « Si vous vous moquez de nous, nous nous moquerons de vous,

comme vous vous moquez (de nous).

39 Vous saurez bientôt qui sera frappé d’un châtiment humiliant,

et sur qui s’abattra un châtiment sans fin ».

40 Nous avons dit, lorsque vint notre Ordre et que le four se mit à bouillonner :

« Charge (sur ce vaisseau) un couple de chaque espèce et aussi ta famille

- à l’exception de celui dont le sort est déjà fixé -

et aussi les croyants ».

Mais ceux qui partageaient la foi de Noé étaient peu nombreux.

41 (Noé) dit: « Montez sur le vaisseau : qu’il vogue et qu’il arrive au port, au nom de Dieu.

Mon Seigneur est celui qui pardonne, il est miséricordieux ».

42 Le vaisseau voguait avec eux au milieu des vagues semblables à des montagnes […].

44 Et il fut dit : « Ô terre, absorbe cette eau qui t’appartient! Et toi, ciel, cesse (de pleuvoir) ! » L’eau fut absorbée, l’ordre fut exécuté : le vaisseau s’arrêta […].

48 Il fut dit : « Ô Noé ! Descends avec la paix que nous te donnons

et des bénédictions sur toi et sur les communautés qui sont avec toi » (Sourate 11,37-48)2.

 

Dès le début, le récit nous montre Dieu qui prend soin de Noé et des croyants : c’est Dieu qui révèle à Noé comment construire l’arche, tandis que les non-croyants se moquent de lui. Et, sur ce détail, le Coran est proche de la tradition juive qui commente et actualise le récit de la Genèse3. Aussi d’autres détails de la version coranique se retrouvent dans la tradition juive. C’est le cas de l’eau du déluge et du « four » qui se mit à bouillonner (v. 40). Dans le Talmud de Jérusalem on lit : «  Chaque goutte d’eau que Dieu fit pleuvoir sur les contemporains du déluge avait été chauffée d’abord dans l’enfer, puis versée sur la terre »4.

Au contraire, d’autres détails du récit coranique sont plus proches de la tradition chrétienne. Le Coran, dans les versets 40-41, évoque les personnes qui ont accueilli le message de Noé. Ces personnes - peu nombreuses - entrent avec lui dans l’arche, dans le vaisseau. Ce résultat de l’invitation à la conversion était déjà souligné dans la tradition chrétienne. C’est le cas, vers la fin du premier siècle, de Clément de Rome. Informé des conflits présents dans l’Eglise de Corinthe, dans sa Première lettre aux Corinthiens, le pape leur écrivait :

1 En vous écrivant tout cela, bien-aimés, nous vous faisons des reproches, mais, en même temps, nous avertissons aussi nous-mêmes, car nous sommes dans la même arène et le même combat nous attend. 2 C’est pourquoi laissons là toutes les préoccupations vaines et inutiles et revenons à la règle glorieuse et sainte de la tradition ; 3 et voyons ce qu’approuve, ce qu’aime, ce qu’agrée celui qui nous a faits.

4 Fixons nos regards sur le sang du Christ et apprenons combien il est précieux aux yeux de Dieu son Père : répandu pour notre salut, il a offert au monde entier la grâce de la pénitence. 5 Parcourons tous les âges et nous verrons que, de génération en génération, le Maître "a laissé place à la pénitence" (Sag 12,10) pour tous ceux qui ont voulu se convertir à lui. 6 Noé prêcha la pénitence, et ceux qui l’écoutèrent furent sauvés. 7 Jonas annonça leur ruine aux Ninivites, mais ceux-ci firent pénitence de leur péché, et Dieu se laissa fléchir par leur supplication, bien qu’ils fussent pour lui des étrangers5.

 

Enfin, le verset 48 de la sourate peut être rapproché du livre d’Isaïe. Vers les années 550 avant Jésus Christ, un prophète dont le message a été inséré dans le livre d’Isaïe, veut encourager son peuple en exil. La situation changera. Comme un époux qui pardonne son épouse infidèle, Dieu va reconstruire une relation d’amour avec son peuple :

8 Dans un flot d’irritation, pour un instant j’ai caché ma face loin de toi.

Mais dans un amour sans fin, j’ai compassion de toi, dit Yahvéh qui te rachète.

9 C’est pour moi comme les eaux de Noé :

j’ai fait serment que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre.

J’ai fait serment de ne plus m’irriter contre toi, de ne plus te faire des reproches.

10 Même si les montagnes venaient à changer de place et les collines à chanceler,

mon amour ne s’écartera pas de toi,

mon alliance de paix ne chancellera pas, dit Yahvé qui te console (Isaïe 54,8-10).

 

Le récit coranique se conclut avec une annonce de paix, de bénédictions sur ceux et celles qui ont accueilli le message de Noé et son invitation à croire en Dieu. Dans le livre d’Isaïe, le prophète lit le récit de Noé comme un engagement de Dieu envers son peuple : un amour qui « ne s’écartera pas de toi », une alliance de paix qui ne chancelle et qui console. C’est un message qui nous engage dans la fidélité envers Dieu, mais c’est aussi un message qui nous réconforte. A toi, cher amie, cher ami, une accolade de la part de

Renzo


 

1 D’après ce calendrier, l’année 1434 a commencé le 15 ou le 16 novembre 2012, le 1er muharram.

2 Cette traduction reprend, avec des petites modifications, celle de D. Masson, Le Coran, Gallimard, Paris, 1967, p. 269-271.

3 D. Masson, dans une note au v. 38 de sa version du Coran, [Gallimard, Paris, 1967], renvoie au Midrash Tanhuma, Genèse, Noé, 5.

4 Sanhedrin 10,5.

5 Clément de Rome, Première épître aux Corinthiens 7,1-7.

 

 


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