S’exhorter mutuellement à l’endurance

 

(Ramadan 2012 : deuxième semaine)

 

La semaine passée, chère amie, cher ami, j’ai considéré les versets 40-46 de la deuxième sourate: une invitation à l’endurance pour affronter la vie de tous les jours avec ses difficultés. D’autre part, sur ce même thème le Coran revient fréquemment. Il contient aussi l’invitation à s’exhorter réciproquement sur ce chemin.

C’est ce que je lis dans la sourate 103.

De par le nom de Dieu Tout-Miséricordieu, Tout-Compatissant.

1 Par le temps.

2 Voici, l’humain est perdu,

3 hormis ceux qui croient et font de bonnes œuvres,

ceux qui s’exhortent mutuellement à la vérité et s’exhortent mutuellement à l’endurance.

 

Cette courte sourate, la treizième dans l’ordre chronologique, porte le titre « al-‘asr » qui signifie «le temps», «l’époque». Ce mot pourrait évoquer l’urgence du message coranique devant une humanité «en perdition». Mais le même mot arabe est devenu, par la suite, «un terme technique de la liturgie: la prière de l’après-midi»1.

Après avoir constaté la faiblesse de l’être humain qui risque de se perdre, le Coran s’arrête sur ceux et celles qui se réalisent pleinement. Il s’agit des personnes «qui croient». Ce verbe va bien au-delà des confessions religieuses. La racine arabe, comme celle correspondante en hébreu2, contient l’idée de sécurité, une sécurité liée au fait de se confier, de se remettre à Dieu3. Et des commentateurs soulignent l’ouverture de cette sourate qui, en parlant de «ceux qui croient», évoque tous les monothéistes: juifs, chrétiens et musulmans ensemble.

Toujours dans le verset 3, le texte ne se limite pas à mentionner la foi. En effet, la confiance en Dieu doit se concrétiser dans de «bonnes œuvres», dans un engagement concret. Enfin, la dernière ligne revient sur la faiblesse, faiblesse qui caractérise aussi les croyants. Voilà pourquoi ils ont besoin de s’encourager mutuellement à la vérité et à l’endurance.

La nécessité de s’encourager mutuellement me fait penser aussi aux chrétiens des premières communautés. C’est le cas de la communauté de Thessalonique à laquelle Paul avait donné naissance pendant un bref séjour vers l’an 50. Mais son œuvre fut interrompue par la réaction des Juifs qui ont contraint Paul à un départ en toute vitesse. Mais, arrivé à Athènes,

 

2 nous avons envoyé Timothée […]

pour vous affermir et encourager pour ce qui est de votre foi.

5 C’est pourquoi moi, n’y tenant plus, j’ai envoyé (Timothée) pour connaître votre foi […].

6 Mais maintenant Timothée est (re)venu auprès de nous

et nous a annoncé la bonne nouvelle de votre foi et de votre amour:

il dit que vous avez toujours un bon souvenir de nous,

éprouvant un ardent désir de nous (re)voir comme nous de vous (revoir).

7 C’est pourquoi nous avons été réconfortés, frères, à votre sujet,

au cours de toute notre angoisse et tribulation, par votre foi (1 Thess 3).

 

Ces quelques lignes de Paul nous témoignent d’une communauté de personnes qui vivent la foi (vv. 2 et 5), «la foi et l’amour» (v. 6). Mais elles ont besoin d’être affermies et encouragées (v. 2). Quant à Paul, l’annonciateur de l’évangile, lui aussi a besoin d’être réconforté. Sans ce réconfort, Paul est dans toute son «angoisse et tribulation».

Bref, le Coran et la Bible, nous rappellent la faiblesse des croyants, des croyants d’hier et d’aujourd’hui. C’est notre faiblesse. Et pour continuer sur le chemin de la foi et de la solidarité, pour être endurants, nous avons besoin de l’encouragement des autres: moi du tien, toi du mien. Dans une accolade de tendresse.


 

1 Le Coran. Traduction et commentaire par Si-Hamza Boubakeur. Tome 5, Alger, 1994, p. 459.

2 Pour l’hébreu, il suffit de penser au mot «amen» qui suggère l’idée de solidité, une solidité sur laquelle on peut compter et à laquelle on peut s’abandonner en toute confiance.

3 Cfr. Encyclopédie de l’Islam, vol. III, Leyde – Paris, 1990, p. 1199ss, à la voix «IMAN, foi».

 

 

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