Patience et solidarité

 

(Ramadan 2012 : troisième semaine)

 

La semaine passée, j’ai réfléchi sur la difficulté d’être constant, endurant dans mes engagements. Maintenant, toujours à propos de l’endurance, je veux prendre en considération une autre page du Coran. C’est un passage fondamental: il nous donne les caractéristiques essentielles de la piété, de la bonté ou de la charité, birr en arabe.

La charité ne consiste nullement à tourner [en priant]

votre visage du côté du levant ou du couchant.

Elle consiste à croire en Dieu,

au Jour dernier, aux anges, au Livre, aux prophètes,

à donner de son bien, pour amour de Dieu,

à ses proches, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs, aux mendiants,

et pour l’affranchissement des esclaves.

Elle consiste à observer la prière, à s’acquitter de l’aumône.

Sont charitables ceux qui demeurent fidèles aux engagements qu’ils ont contractés,

ceux qui se montrent patients dans l’adversité,

dans la douleur et au moment du danger.

Voilà les hommes sincères! Voilà les hommes pieux ! (Sourate 2,177)1.

 

Ce texte est connu comme le verset de la «piété» ou de la «bonté pieuse» (âyat al-birr): en effet, il nous donne les lignes fondamentales à propos de la piété. Le verbe «croire» nous dit que la piété est une relation profonde envers Dieu, une relation sous le signe de la confiance et de la prière. Mais elle est aussi une relation qui respecte le message que Dieu nous donne à travers ses prophètes, un message qu’il faut lire et mettre en pratique.

Cette piété consiste surtout dans l’engagement pour les autres, en particulier pour les personnes les plus faibles, celles qui ont le plus besoin d’aide, les pauvres, les esclaves. Et cet engagement, nous dit le Coran, doit continuer même lorsque la situation devient difficile: dans l’adversité, la douleur, le danger.

Voilà les composantes vraiment essentielles de la vie religieuse, des engagements qui vont bien au-delà de l’observance formelle de certains préceptes.

Avec d’autres mots, cette idée de la foi apparaît dans un texte très peu lu dans la tradition chrétienne. C’est l’Epître aux Hébreux. L’auteur de cette épître écrit à des chrétiens qui, au moment d’accueillir la foi chrétienne, s’étaient engagés avec enthousiasme et générosité. Mais plus tard, ces chrétiens sont devenus plus faibles dans leurs engagements; la fatigue pèse désormais sur eux, la constance risque de se perdre. C’est à ces croyants que la lettre est adressée. Dans le chapitre 10 de cette lettre, je lis:

32 Souvenez-vous de vos premiers jours:

à peine aviez-vous reçu la lumière (de la foi)

que vous avez enduré un lourd et douloureux combat:

33 tantôt exposés publiquement aux outrages et aux tribulations,

tantôt vous rendant solidaires de ceux qui subissaient de tels traitements.

34 Et, en effet, vous avez pris part aux souffrances des prisonniers ;

vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens,

vous sachant en possession d’une richesse meilleure et durable.

35 Ne perdez donc pas votre assurance; elle obtient une grande récompense.

36 C’est d’endurance, en effet, que vous avez besoin, pour que,

après avoir accompli la volonté de Dieu, vous bénéficiiez de la promesse.

 

Pour moi, dans ma fragilité, ce message de la sourate 2 et de l’Epître aux Hébreux, est important.


 

1 Sauf pour la ligne 5, cette traduction reprend celle de Si-Hamza Boubakeur, Le Coran. Traduction et commentaire, Alger, 1994, Vol. I, p. 188 [à la bibliothèque du Centre, sa cote est 6,312].

 

 

 

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